JAMC 2026 : « Transit » : une odyssée philosophique entre corps et identité
Dans le cadre de la 7ᵉ édition des Journées de Carthage pour les arts de la marionnette, le Théâtre des jeunes créateurs à la Cité de la Culture Chedly Klibi a accueilli jeudi soir un spectacle venu des Pays-Bas : Transit. Conçu et interprété par Ananda Puijk et Charlotte Buijk Jolen, ce voyage scénique d’une cinquantaine de minutes a offert au public adulte une plongée vertigineuse dans cinquante années de vie condensées en une seule traversée artistique.
Une esthétique du silence et du mouvement
Dans Transit, la parole s’efface au profit du geste. Les corps et les marionnettes dialoguent dans une harmonie subtile, invitant le spectateur à réfléchir sur l’enfermement de soi et la transformation inévitable du corps. La mise en scène, exigeante et épurée, pousse à interroger ce que signifie vieillir dans un monde en perpétuel changement.
Une réflexion philosophique incarnée
Le spectacle convoque les grandes figures de la pensée – de Platon à Aristote, en passant par Avicenne et Descartes – pour explorer la notion de « soi » comme essence métaphysique. L’ego, selon cette tradition, n’est pas défini par le corps ni par le monde extérieur, mais par la conscience de l’unité intérieure qui relie nos états successifs dans le temps. Transit traduit cette idée en images sensibles, où la marionnette devient miroir de l’humain.
Le poids du temps et des valeurs
La dramaturgie, soutenue par une musique envoûtante, met en scène la fragilité croissante du corps avec l’âge. Entre fatigue, sentiment d’inadéquation et bouleversements des valeurs sociales, le spectateur est confronté à des questions existentielles : Qui suis-je ? Que dois-je faire ? Où sont ceux qui me ressemblent ? Autant d’interrogations qui résonnent avec les mutations éthiques et culturelles de notre époque.
Une expérience esthétique et éprouvante
Visuellement fascinant, Transit séduit par sa beauté plastique et son intensité dramatique. Mais cette odyssée intérieure, entre solitude et universalité, laisse aussi une empreinte douloureuse : celle d’un voyage qui ébranle autant qu’il émerveille.
