Ghassan Yammine raconte Charles Aznavour en chansons et en souvenirs sur la scène de Hammamet
Dès les premières notes de « Hier encore », le silence s’est installé dans les gradins du Théâtre de plein air de Hammamet. Mardi 4 août 2026, devant une salle comble, l’artiste franco-libanais Ghassan Yammine a présenté « De moi à Aznavour », un hommage musical retraçant la carrière de Charles Aznavour à travers ses chansons, ses souvenirs et les rencontres qui ont uni les deux artistes.
Pour sa première participation au Festival International de Hammamet, dans le cadre de sa 60ᵉ édition, Ghassan Yammine a salué le public tunisien et exprimé son bonheur de chanter en Tunisie. Il a également confié son souhait de partager les souvenirs laissés par Charles Aznavour tout en créant de nouvelles émotions avec les spectateurs présents.
L’artiste a rappelé qu’il avait rencontré Charles Aznavour à plusieurs reprises et recueilli auprès de lui de nombreux récits sur ses débuts, ses échecs, ses ambitions et le succès international qui a marqué la suite de sa carrière. Une proximité qui confère à ce projet une dimension personnelle et fait de la transmission de cet héritage musical une responsabilité que Ghassan Yammine porte sur les différentes scènes où il présente son spectacle.
Sobre dans ses déplacements, Ghassan Yammine s’est appuyé sur sa maîtrise vocale, son aisance scénique et sa capacité d’improvisation. Ses gestes, ses regards et ses interventions entre les morceaux ont instauré une relation directe avec le public. À plusieurs reprises, il s’est avancé vers le bord de la scène afin d’inviter les spectateurs à participer, avant de retrouver les musiciens pour poursuivre son interprétation.
Le concert a ainsi pris la forme d’un récit musical déroulé au fil des chansons. Entre deux titres, Ghassan Yammine revenait sur un épisode de la vie de Charles Aznavour ou expliquait les circonstances ayant entouré la naissance d’une œuvre. Peu à peu, le portrait de l’artiste français s’est dessiné à travers les étapes de sa carrière, ses textes et ses mélodies.
L’un des récits les plus remarqués fut consacré aux premières années de Charles Aznavour. Ghassan Yammine a évoqué les deux décennies durant lesquelles le chanteur tenta de s’imposer, malgré les critiques visant sa voix, son apparence et sa présence scénique. Il a ensuite rappelé le tournant provoqué par son succès au Canada, puis par son retour triomphal à Paris, notamment sur la scène de l’Olympia. Cette évocation a précédé l’interprétation de « Je m’voyais déjà », chanson emblématique de cette période.
La soirée a également été ponctuée de moments spontanés. Confronté à la chaleur estivale, Ghassan Yammine a plaisanté sur l’effort de concentration exigé « entre la chaleur du climat et celle de l’accueil du public », suscitant applaudissements et sourires dans les gradins.
L’atmosphère s’est faite plus recueillie lors de « La mamma ». Avant de l’interpréter, l’artiste a rappelé que cette chanson rendait hommage à l’une des personnes les plus précieuses dans la vie de chacun. Il a souhaité une longue vie aux mères présentes et adressé une pensée à celles qui ont disparu. Le morceau a été écouté dans un profond silence, avant de recevoir une longue ovation.
Le programme réunissait plusieurs œuvres majeures du répertoire de Charles Aznavour, parmi lesquelles « Que c’est triste Venise », « Mes emmerdes », « Mourir d’aimer », « She », « Les comédiens », « La bohème » et « Emmenez-moi ». Ghassan Yammine a reconnu la difficulté de sélectionner quelques titres dans une discographie aussi abondante, tout en espérant avoir retenu les chansons les plus profondément inscrites dans la mémoire du public.
La présence du Magic Strings Orchestra a apporté aux compositions une ampleur orchestrale respectueuse de leur identité originelle. Les arrangements ont accompagné la démarche du spectacle, fondée sur une relecture contemporaine du répertoire d’Aznavour sans altérer l’esprit des œuvres qui ont traversé les décennies.
À la fois chanteur, pianiste et compositeur, Ghassan Yammine a suivi une formation musicale et théâtrale entre le Liban et la France. Il a présenté ses créations dans plusieurs pays et dirige également l’École des arts Ghassan Yammine. Avec « De moi à Aznavour », il poursuit son travail de transmission auprès de nouvelles générations, en s’appuyant sur sa connaissance personnelle de Charles Aznavour et sur une interprétation musicale soucieuse de préserver cet héritage tout en l’inscrivant dans le présent.
La programmation de la 60ᵉ édition du Festival International de Hammamet se poursuit mercredi 5 août 2026 avec le deuxième rendez-vous théâtral de la saison. Le public découvrira « Jacaranda – Call Center Tragedy », un spectacle mis en scène par Nizar Saïdi, sur un texte et une dramaturgie d’Abdelhalim Messaoudi, produit par le Théâtre national jeune sous la tutelle du Théâtre national tunisien.