“Iqamat Chahira “ au Festival de Boukornine : entre jeu de séduction, pouvoir et comédie satirique
Le public du Festival international de Boukornine avait rendez-vous, ce soir, avec le théâtre à travers « Iqama Chahira », une mise en scène d’Abdelaziz Meherzi, coproduite par le Théâtre de l’Opéra de Tunis et la Télévision tunisienne. Le metteur en scène y revisite « La Locandiera », célèbre pièce du dramaturge italien Carlo Goldoni, dans une adaptation contemporaine qui conserve l’esprit comique de l’œuvre originale tout en transposant ses personnages et ses situations dans un univers plus proche du public tunisien.
Au cœur de l’intrigue, Chahira, une femme qui dirige une pension fréquentée par des hommes issus de milieux sociaux différents, mais animés par une même volonté : gagner ses faveurs. Les uns misent sur l’argent et leur pouvoir financier, les autres sur leur rang et leur ascendance. Face à eux, un homme affiche, au contraire, son rejet de l’amour et des femmes, considérant les sentiments comme une forme de faiblesse. Une posture qui pousse Chahira à le défier et à ébranler ses certitudes par un jeu de séduction qui se transforme progressivement en une confrontation où se révèlent la fragilité des sentiments et les limites du contrôle que chacun croit exercer sur l’autre.
Derrière la légèreté des situations et la mécanique comique, « Iqama Chahira » porte un regard critique sur plusieurs questions sociales, notamment les rapports entre les femmes et les hommes, les jeux de pouvoir, ainsi que l’influence de l’argent et du statut social. Chahira apparaît ainsi comme une femme consciente de sa position et des moyens dont elle dispose pour agir sur ceux qui l’entourent, loin de la représentation d’une figure féminine passive. Autour d’elle se dessinent différents visages du pouvoir : celui que l’on croit acquérir par l’argent et celui que l’on revendique au nom du rang social.
Pour porter cette relecture, Abdelaziz Meherzi a choisi les codes du vaudeville, mêlant comédie, musique jouée en direct, danse et mouvement scénique. La scénographie, volontairement épurée et modulable, repose sur un nombre limité d’éléments qui se transforment au fil des scènes, faisant évoluer l’espace entre réception et chambres privées tout en accompagnant le rythme soutenu de la représentation.
À travers cette adaptation de Goldoni, « Iqama Chahira » transpose ainsi sur la scène de Boukornine un classique du théâtre universel dans une écriture résolument tunisienne, où le rire et la séduction deviennent aussi des instruments pour interroger le pouvoir, l’argent, les conventions sociales et les rapports humains.
Communiqué de presse